Archive pour ‘Élans humains’

8 mai 2012

Baal Eshmoun

par ameondine

Sur ma langue, le sel:
L’épice manquante à l’inéquation,
Incalculable déraison.
Le superflu qui ne le devient plus,
Ange prétendu.
Tu es le remède à des maux en apparition,
Alors devant Baal Eshmoun, je me suis dévêtue.

J’ai prié comme une païenne aurait pu le faire,
Le poing dans le coeur, les larmes dans la terre.
J’ai clamé mien ce privilège de t’atteindre,
Et tatoué sur mon ombre, la langue pour te dépeindre.

Sur ma peau, l’eau:
L’onde thérapeutique à la cécité,
Nuits angoissées.
Le fluide qui estompe l’ecchymose,
Démon virtuose.
Tu es l’ivresse de mes choix spéculés,
Alors devant Baal Eshmoun, je me décompose.

Puisque le temps ne fait rien que courir,
Plus vite que nous, cela va sans dire.
C’est alors dans un futur lointain qu’il me faudra te rejoindre,
Et vivre, l’air de rien, patienter sans me plaindre.

Et parce que là où tu n’iras plus, le Chaos y résidera,
Devant Baal Eshmoun, j’ai proclamé:
Qu’aucune femme ne saura comme moi,
T’éprouver dans ton exaltante globalité.

10 février 2012

La main de Bouddha

par ameondine

Enfant-roi devenu sagesse contemplative,
Quel chemin as-tu emprunté pour croiser le mien?
Serait-ce toi ce petit garçon dont on me parle demain?
Pour moi l’enfant solitaire, une compensation rétroactive.

Voilà bien longtemps que je t’attends, frangine que j’imagine,
Combien d’instants mis en scène dont tu tiens maintenant la vedette?
Ce lien qui nous connecte ne peut être raconté qu’en poète.
Nul besoin de t’apprendre que nous partageons plus que la même origine.

Fillette ne rage pas quand parfois je te cuirasse,
Je t’acharne en déplaisir, que tu trouves le véritable;
Un chemin plus doux, vagabonder sur du sable,
Et sur la route pour t’amuser, te faire des grimaces.

Et surtout n’aies jamais peur de marcher seule, jolie Ka,
C’est ainsi que tu comprendras toute ta force en velours;
Qu’elle gonfle et s’empourpre au grand jour,
Ange savant amnésique, à l’odeur de cédrat.

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15 décembre 2011

Importune Marmaille

par ameondine

Chétive môme crasseuse,
De la terre sous les ongles,
De l’abject dans les yeux.
« Tais-toi quand les adultes causent! »
Overdose.
Les écouter épiloguer, ces accomplis orgueilleux.

Dérisoire môme boudeuse,
Les mains dans les poches,
Des nœuds dans les cheveux.
« Va voir ailleurs si j’y suis, tu t’ankyloses! »
Anamorphose.
Les observer se flétrir, de sombre et de sérieux.

Importune marmaille,
Débraillée, sans médailles,
Je n’ai plus que cela à offrir:
Du rond, de l’ivresse et de la ripaille,
Défaillir.
Vivre sans crier gloire et sans craindre le pire

Impossible bataille,
Mitraillée, sans murailles,
Je triomphe, car force est de constater:
Nonobstant tout votre prodigieux travail,
(Jovialité)
J’ai survécu à vos victoires, et j’irais boire à vos quêtes acharnées.

10 novembre 2011

Luciole

par ameondine

Petit lampyre,
Sous tes ailes de papier froissé;
C’est tout un empire,
Qu’à force de luciférine, tu as envoûté.

Jolie chrysalide,
Ton coeur luit sous la chitine.
Et les mandibules apostrophées,
Lucile mendie les bulles pour ta félicité.

Ovale mutin d’amour,
Ne cesse jamais de briller autour!
Car dans des heures graves encore suspendues,
Belle luciole, tu seras notre seule vérité invaincue.

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25 octobre 2011

Mamie…

par ameondine

« Nébuleux et maussade, voilà comme l’avenir s’annonce… »

Mamie avait toujours le don pour m’accabler dans mes heures les plus joyeuses. Son regard demeurait perdu vers un horizon qu’elle seule devinait, et à la voir, en effet, il semblait bien sombre.

 

Elle prenait parfois des airs de démence, les yeux fixés dans un coin supérieur de la pièce, marmonnant de l’indiscernable, et tricotant un fil invisible entre ses doigts.

Son allure générale, sans sa théâtralité païenne, lui valait d’ores et déjà des qualifications médiévales.

« Sorcière ». « Sataniste ».

Je souris à relater ses mots, car elle en répondait toujours par un fou rire spectaculaire, parfois diablement communicatif.

 

Mamie est folle, à n’en pas douter. Mais elle a aussi toutes les bonnes raisons de l’être.

Pour commencer, elle aurait pris plusieurs fois la foudre. Être foudroyée une fois, est déjà une bonne raison, vous en conviendrez. Mais surtout, ses yeux ont vu. Ils ont vu ce que nous, nous ne voyons pas. Et vous pouvez me croire, son regard en dit long, bien plus long que nos battements de cils novices.

Mamie parle des yeux, et il en a toujours été ainsi.

Petite, elle venait près de mon lit le soir, pour me raconter une histoire avant de dormir, et je ne voyais que ses yeux sombres briller dans la pénombre. Une lueur légère en leurs centres, celle d’une flamme qui s’éteint. Elle faisait danser ses doigts autour de son visage, signifiant des armées de singes, ou des fleurs guerrières en croisade. Puis elle accompagnait le tout de bruitages, de grimaces.

Parfois c’est tout son visage qui s’émerveillait, les rides mouvantes, comme les lignes d’une mélodie en vibration. Je finissais toujours par m’endormir sans craintes, mais jamais sûre d’avoir compris l’histoire.

- « Tu m’entends biquette? L’avenir pue la merde, ça tu peux me croire! »

- « Oui Mamie, je sais. » Comme une récitation.

 

Agrippée à sa table, comme par peur de tomber, elle regarde « on ne sait quoi » sur son vieux poste, ne diffusant que de la neige télévisuelle depuis des années.

- « C’est l’heure de mon feuilleton! » dit-elle.

Feuilleton, dont elle seule connaît ou imagine la trame; voilà bien longtemps que nous aurions dû lui mettre une caméra à l’épaule.

 

Cependant Mamie est aussi coquette, malgré son grand âge. Elle se maquille tous les jours, en toutes circonstances. Mais n’ayant jamais voulu admettre avoir besoin de lunettes, les résultats de sa myopie sont affichés au rouge à lèvres sur son visage, comme un diagramme de statistiques.

Sa coquetterie, néanmoins, est des plus particulières.

Elle nettoie ses cheveux à la bière pour, soi-disant, éloigner les ondes magnétiques. Elle se parfume toujours avec une écorce qu’elle écrase chaque matin dans une assiette, avec de l’huile de noisette, pour finalement s’en enduire les chevilles, les poignets et le cou. Tout ce que je peux vous apprendre sur l’odeur, c’est que ça ne sent certainement pas la noisette.

Toujours habillée dans un style très bourgeois, elle doit en tout, posséder quatre tailleurs Chanel, qu’elle conserve cupidement depuis son époque d’aisance financière. Elle les alterne de temps à autres, quand elle n’oublie pas quelle était sa tenue la veille.

Mais surtout, Mamie porte constamment la totalité – et j’insiste sur la « totalité » – de ses bijoux en or, pour corrompre la Mort quand elle viendra la chercher, d’après elle.

- « De toutes les façons, ce n’est plus mon problème l’avenir, plus qu’une semaine à tirer! »

- « Mais qu’est-ce que tu racontes encore? Tu le sais très bien que tu vas tous nous enterrer, même le ciel a prouvé que tu es increvable. » Toujours comme une récitation.

- « Le ciel d’accord, mais pas la Vie biquette. Elle finira bien par reprendre mon énergie pour équilibrer son accomplissement, et quand il en est décidé ainsi, c’est ainsi et c’est tout. » Puis elle grogne:  « Et tu m’emmerdes à la fin! J’ai 95 ans quand même, arrive jusque là déjà, et on en reparlera! » Elle finit, plus douce: « Tiens sois mignonne, sers-moi un petit calva, il est sous le canapé dans le salon. »

 

Je m’exécute, ayant renoncé à l’interroger sur le pourquoi du comment la bouteille de calvados est sous le canapé.

 

- « Et prends un verre dans le placard de la salle de bains. » crie-t-elle depuis la cuisine. Toujours pas de pourquoi, toujours pas de comment.

- « File de là le chat, ya rien à voir! »

Le chat. Ou bien devrions-nous dire les innombrables chats. Car il faut savoir que Mamie en a toujours un dans les pattes, et c’est rarement le même. Parfois elle le sort de son sac, comme un magicien ferait jaillir une colombe de son chapeau, et sous nos regards interloqués, elle ne répond jamais qu’un « T’occupes! ». Cela a toujours été ainsi avec Mamie, ne pas poser de questions est la meilleure façon d’obtenir des réponses.

 

Je me sers moi aussi un verre, puis je la regarde avec insistance, avant de lui demander:

- « Comment tu sais que tu vas mourir dans une semaine? »

- « Tu sauras toi aussi. »

- « Ce n’était pas ma question. »

- « Oui et bien tu en poses trop, des questions! Un jour ça va te porter le mauvais œil! » Elle boit son verre cul-sec puis ajoute: « Vous prenez pas trop le ciboulot pour les funérailles. Le corps enterré sans cercueil, le plus profond possible, sous une roche et c’est très bien. »

- « Oh bah oui, à t’entendre ça a l’air enfantin… »

Elle rit, et je ne sais pas très bien pourquoi. Puis demande:

- « T’as pas la nausée toi en ce moment? »

- « Si, comment tu sais? »

- « T’as l’œil jaune. » Elle sort des feuilles noires de sa poche. « Tiens, mâche ça pendant 3 jours avant de dormir, et si le premier jour ça te fait vomir, tu le mâches matin et soir. Compris? »

Comprendre est un bien grand mot, mais je ne trouve aucun jaune dans mes yeux; naïvement suspendue à mon miroir de poche.

- « Pas cet œil là, idiote. Le troisième. » dit-elle en riant.

J’étais pourtant sûre de n’en avoir que deux.

Je la regarde longuement siroter son verre, espérant qu’elle dise quelque chose, une vérité à déchiffrer.

Son téléphone sonne et elle me demande d’aller répondre, prétextant que c’est probablement pour moi. Toujours pas de questions. Elle a raison, j’en ai trop à poser.

Je décroche, mais aucun son si ce n’est l’écho de mes « Allo? ».

Je retourne au salon, ayant commencé de raconter le silence au bout du fil, mais je m’arrête brusquement. Une forte odeur d’herbe coupée a envahi la pièce.

Mamie a quitté son vieux poste des yeux, pour fixer encore le coin supérieur de la pièce, trônant maladroitement sur sa chaise. Elle a lâché la table.

Mamie ne marmonne plus l’indiscernable, et ne tricote plus de fil invisible.

Le chat est monté sur ses genoux sans qu’elle le chasse, et il la regarde en ronronnant.

Dans ses yeux il n’y a plus de lueur.

La flamme s’est éteinte, et elle s’est trompée dans la date.

 

 

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20 avril 2011

Baisons Bellone!

par ameondine

(Image: Rembrandt)

Quand nous aurons achevé de ne plus voir,
Et que la chimère fétide nous aura jailli au faciès,
J’envisage dès lors ceux recroquevillés dans le placard;
Priant pour que l’immonde Bellone décime avec noblesse.

Puis quand nous aurons compris qu’il est déjà bien tard,
Implorant l’empyrée de nous accorder l’allégresse,
Bellone, elle, se repaît goulûment de gloire,
Suçotant la moelle de notre faiblesse.

Mais lorsque viendra notre aubaine,
Il nous faudra la saillir,
Croupissante chienne de géhenne,
Forniquant comme des âmes en peine,
>Susciter des queues à vrombir,
Se branler avec notre gêne.

Devant l’horreur de la belligérance, nous n’aurons qu’un soupir:
“Baisons Bellone à en perdre haleine!”

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6 février 2011

L’Homme sans nom

par ameondine

 

Je ne suis personne. Un simple gardien d’immeuble. Une secrétaire médicale. Un garçon de café. Un chef d’état. Je ne suis qu’humain et je ne suis personne.

En revanche, on me nomme lorsque je consomme.

Voilà: « Que fais-tu dans la vie? » – Je suis consumériste.

Plus je consomme, plus je suis quelqu’un. Mon projet le plus ambitieux est de devenir propriétaire, acheter. Une maison, une voiture, une femme, un enfant, qu’importe. Tout acheter dans l’idéal.

On raconte que le monde est en crise, que les ressources diminuent, que les pays et leurs habitants sont endettés, peu importe, tant qu’il y a à consommer, tout ira pour le mieux.

Quand il n’y aura plus de pétrole, ils trouveront le moyen de nous vendre des diamants comme carburant. Pourvu que ça rapporte de l’argent.

L’argent.

On ne croit plus en Dieu, on croit en l’argent.

On vit, travaille, étudie, on se lève le matin pour l’argent. Il faut gagner de l’argent pour vivre, ou survivre, tout dépend.

Qui aujourd’hui pourrait envisager de vivre sans argent? Il n’y a pas besoin d’aller bien loin pour s’en dissuader, on te le montre à la télé. La misère. Si la richesse est l’idéal à atteindre, la misère est l’enfer. Comme ces pauvres gens qui crèvent de froid en hiver. Celui à qui tu filais quelques pièces superflues, et qu’un jour tu n’as plus jamais vu. Il s’appelle sûrement Michel, ou bien Jean-Claude.

Il avait certainement des enfants, une femme, mais ça, c’était avant. Avant qu’il n’ait plus d’argent.

Tu vois bien, quand il avait de l’argent, il était quelqu’un, bien rangé à sa place parmi les autres.

Mais sans argent, il est devenu personne.

Non, ce n’est pas triste. C’est surtout inévitable.

« Mais alors pourquoi ne vivrait-t-on pas sans argent? »

Tu te rends pas compte, il ne suffit pas de faire son truc dans son coin, il faudrait qu’on soit des milliers, ou mêmes carrément des millions, des dizaines, des centaines de millions.

Il faudrait qu’on soit une masse incontrôlable à vivre sans argent, une solidarité quasi mondiale.

C’est impossible.

Pour tout changer, il faudrait une révolution. La Révolution.

31 janvier 2010

L’Intense Silence de votre Descendance

par ameondine

Regarde, j’ai un bleu.
L’ecchymose de ta souffrance,
Intense. Je porte le gris dans mes yeux.
Désormais, je ne t’imagine plus au cœur d’acier,
Portant les armes contre l’innocence souillée.
Tu ne seras plus celle pour qui je tremble.
Ma vie se construit, la tienne se ternit.

Regarde, j’ai froid.
Le vide de ton absence,
Silence. Je sens un souffle derrière moi.
Désormais, je ne t’imagine plus sous leurs chants,
Ceux que l’on clame aux héros repentants.
Tu ne seras plus celui pour qui je frémis.
Tu demeureras celui à qui je ressemble.

Et maintenant je suis malade.
Je porte les stigmates de votre indifférence,
Votre descendance. Et je les porte fièrement.
Désormais, je ne vous imagine plus comme le Graal,
Êtres inaccessibles et causes de mon inexplicable mal.
Les pixels viendront vous prouver qu’à vos épreuves, j’ai réussi.
Ma vie se construit, sans vous, comme vous me l’avez appris.

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28 janvier 2010

Vieil Homme

par ameondine

Vieil homme. Bâti de bois.
Ta peau mousseuse.
Les yeux suintant de ta sève.
L’alcool.

Vieil homme. Baisse les yeux.
Le glas de ta jouvence a déjà sonné.
Il y a longtemps que tu calcines, vieil homme.
Longtemps que tu rumines.
Tu es le feu qui me consume, vieil homme.
Vil, inconditionnel du nauséabond.
Tes mains sont le bourreau de ton sang,
Tout le vin que tu as bu coule dans le mien.

Vieil homme. Bâti de bois.
Ta peau mousseuse.
Les yeux suintant de ta sève.
L’alcool.

Car tu es aussi sec que le bois, vieil homme!
Aussi sec que se termine ta vie.

Tu ne seras plus que cendres, et une abominable odeur d’alcool brûlé.

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28 janvier 2010

Matin Kétamine

par ameondine

La rame, la foule. Mes yeux sont liquides.
La nuit. Quelle nuit! Elle part, s’enfuit déjà.
Le monde est mou, je ne suis plus ses pas.
J’ai bu dans la Source Kétamine.
Le train, je l’avais oublié. Les gens. Des gens terribles.
Je ne suis qu’un petit garçon. Qu’adviendra-t-il de moi?
Je suis dans le ventre du dragon, et pourtant j’ai froid.
J’ai soif de la Source Kétamine.
Les os. Les eaux sales de la Seine. Je suis invisible.
J’ai glissé. J’ai quitté la rame, la foule, les gens.
La vie s’échappe du fraisier de mon crâne béant.

Le dragon m’emmène déjà, et j’imagine une île…

…ou bien est-ce la lumière de la Source Kétamine.

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